LA TRAPPE EN NOUVELLE CALÉDONIE

Le monastère Notre Dame des Îles.

Sommaire: Un bref rappel historique. Pourquoi "Trappistes" ? En quoi consiste notre vie de moines ? Le déroulement d'une journée monastique. Ouverture à Dieu et accueil.


Chapelle du monastère Notre Dame des Iles

Nota : Depuis le 1er octobre 2001, en raison du manque persistant de personnel, le monastère a été fermé en tant que maison constituée de l'Ordre des Trappistes, mais il a été décidé de conserver encore un temps les documents suivants qui témoignent pour toujours d'une belle page de l'histoire religieuse du diocèse de Nouméa. 
En décembre 2005 les deux cases chapelles ont été détruites par un feu de brousse.

Un bref rappel historique.

Au siècle dernier, une première fondation de monastère trappiste avait eu lieu sur la Côte Est, à Wagap (près de Tyé), avec des moines venus de l'Abbaye de Sept-Fons (en France, dans l'Allier). A l'invitation de Mgr Vitte, ils s'étaient installés en 1877. Mais il semble que Mgr Vitte avait mal perçu le caractère spécifique de l'Ordre. Il voyait dans cette fondation un apport de missionnaires. De plus, peut-être attaché à l'idée romantique des "moines défricheurs", il espérait que le vaste terrain obtenu de l'Administration deviendrait une "ferme-pilote" pour le Vicariat. C'était prendre une fausse piste.

A travers les difficultés tenant aux événements politiques (révolte de 1878) et à l'impossibilité de recrutement local ou métropolitain (c'était en France l'époque de l'expulsion des religieux), la communauté, après un transfert du monastère à Tiwaka, au début de 1889, tint jusqu'en décembre 1889, date à laquelle le monastère fut fermé.

Cette fermeture fut un déchirement pour les tribus des environs: les moines y avaient exercé le ministère paroissial et les gens s'étaient attachés à eux. Ce fut aussi une épreuve pour les religieux qui les aimaient beaucoup. C'était le cas spécialement du Père Alphonse Tachon qui avait appris leur langue et ne les oublia jamais.

Vers la fin du Concile Vatican II, plusieurs monastères de France étaient en train de faire des fondations en Afrique. C'est alors que Mgr Martin, archevêque de Nouméa, est venu solliciter les moines de Sept-Fons pour refaire une fondation en Calédonie, car il pensait que certains jeunes pouvaient être attirés par ce genre de vie. C'est ainsi qu'est né le Monastère actuel de Notre Dame des Îles, à saint Louis. Un moine fut d'abord envoyé pour prospecter un lieu de fondation et il choisit d'établir le monastère sur les hauteurs de Saint Louis, tout à la fois en raison de son isolement et de sa proximité de Nouméa. Les trois premiers moines envoyés ici sont arrivés à Nouméa le 21 janvier 1969. Il leur a fallu beaucoup de courage pour implanter le monastère sur les deux collines que nous occupons actuellement, car tout était à faire. Il n'y avait alors qu'un sentier de brousse et les deux collines étaient couvertes de niaouli. Il fallait donc partir de zéro et ce ne fut pas une mince entreprise.

Deux jeunes, un wallisien et un futunien, qui étaient attirés par notre style de vie, furent envoyés en France pour faire leur formation initiale. Mais l'un et l'autre abandonnèrent à leur retour en Calédonie. Depuis cette époque des débuts, un européen, âgé alors d'une cinquantaine d'années, est entré et a prononcé ses voeux solennel. Nous sommes actuellement au nombre de cinq en Communauté.

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Pourquoi "Trappistes" ?

Notre manière de vivre s'inspire de la Règle de saint Benoît. Mais, au cours des âges, les monastères bénédictins connurent des périodes de ferveur et de décadence.

C'est ainsi qu'un groupe de moines du XIème siècle quitta l'abbaye de Molesnes pour fonder le "nouveau monastère" de Cîteaux, près de Dijon. Saint Robert de Molesnes en fut l'initiateur, et non saint Bernard comme on l'entend souvent dire. Mais c'est effectivement lui qui donna à l'Ordre cistercien son élan et son rayonnement initial.

Au XVIIème siècle, un nouveau mouvement de réforme, eut lieu au monastère de La Trappe, dans l'Orne en France grâce à l'Abbé de Rancé (1626-1700). D'abord Abbé commanditaire de La Trappe, c'est-à-dire ayant reçu les biens et les terres de ce monastère, sans être tenu de se faire moine, il se convertit d'une vie mondaine et assez frivole, en 1657. Devenu moine en 1663, il s'affilia aux monastères cisterciens de l'Étroite Observance, c'est-à-dire aux Cisterciens qui voulaient revenir à une vie plus austère, spécialement dans le domaine de l'abstinence. Avec son tempérament assez fougueux, "l'abbé Tempête" - suivant le titre d'un livre d'Henri Brémond -, dépassa de beaucoup en austérité (abstinence, silence) l'Étroite Observance et même le Cîteaux primitif. Mais sa réforme eut du succès et attira beaucoup de religieux.

Après les déboires de la Révolution française et l'exil des moines à l'étranger, des religieux sortis de ce monastère et d'autres qui s'étaient joints à eux, fondèrent ou repeuplèrent, à leur retour en France, des maisons qui adoptèrent leurs règlements souvent très austères élaborés alors dans un but de réparation pour les désordres du temps. Ceux-ci furent ramenés dans la suite à une mesure plus juste.

C'est à partir de ce petit essaim que se sont repeuplés ou fondés les monastères de "Trappistes", actuellement répartis sur les cinq continents. Il y a actuellement 93 maisons de moines et 65 de moniales à travers le monde. Les effectifs tournent autour de 2500 trappistes et 1850 trappistines d'après un recensement récent.


La communauté en 2000

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En quoi consiste notre vie de moines ?

La question nous est souvent posée. Notre vie est essentiellement une recherche de Dieu dans un climat de silence et de prière. Un moine est avant tout quelqu'un qui se sent attiré par l'absolu de Dieu et qui essaie de lui consacrer toute sa vie dans un cadre approprié. D'où la recherche d'un lieu un peu isolé et du silence qui règne habituellement entre les moines.

Toutes nos activités monastiques ont pour but de nous aider à entretenir cette recherche de Dieu. C'est ainsi que nous vivons autour de trois axes majeurs: la prière communautaire et personnelle, la "lectio", c'est-à-dire la lecture méditative de la Bible et d'autres ouvrages qui nous permettent de nous enrichir humainement et spirituellement, et le travail manuel.

Nous avons quotidiennement environ 5 heures de prière communautaire chaque jour (prière chantée et temps de prière silencieuse), 5 à 6 heures de travail manuel et autant de temps pour la lectio. Mais toute notre vie est orientée de telle sorte que, quelques soient nos activités, nous puissions garder en mémoire le souvenir de Dieu. Chacun sait bien que lorsqu'on aime quelqu'un, on pense à lui ou à elle très souvent au cours des activités. Il en va ainsi du moine dans sa recherche de Dieu; il s'efforce de vivre tout le temps dans cette présence de Dieu.


La montée vers la chapelle…

Pour qui en fait l'expérience de manière un peu prolongée, il est évident que la prière est parfois un combat et que la rencontre de Dieu n'est pas toujours évidente. Mais c'est tout un itinéraire spirituel qui s'effectue à travers des moments de grande joie ou de grande aridité. La prière du moine n'est pas tellement centrée sur lui-même et sur ses propres besoins. C'est d'abord l'attestation que Dieu est et qu'il peut saisir toute une vie et lui donner sens. Nos frères moines d'Algérie, assassinés récemment, en ont donné un très bel exemple. Il suffit de lire à ce propos le témoignage qu'en donnait le Père Christian dans le testament spirituel qu'il avait écrit aux alentours de Noël 93 et envoyé à sa famille . C'est aussi souvent une prière de compassion pour ceux qui sont dans la souffrance et avec eux. Notre vie n'est pas repli sur nous-mêmes, mais bien plutôt ouverture sur Dieu et sur les besoins de notre humanité. Nous ressemblons un peu à Moïse sur la montagne dans le désert, levant les bras vers le Ciel, en signe d'intercession, pendant que les Israélites se battaient contre les ennemis dans la plaine.

Notre "lectio" est constituée par une lecture fréquente de la Bible qui est pour nous Parole de Dieu. Mais il y a aussi d'autres livres à notre disposition. Nous avons une bibliothèque relativement bien fournie, au moins au niveau de l'Océanie, dans certains domaines: exégèse, dogme, liturgie, patrologie, histoire, spiritualité... et diverses revues qui nous permettent de savoir ce que vit notre monde. Chacun est libre d'approfondir tel ou tel thème qui lui plaît et l'aide à prier ou à s'enrichir intellectuellement.

Quant au travail manuel, il tient aussi un certaine importance, car chaque communauté monastique doit vivre à partir de son propre travail. Il n'est pas question d'enrichissement personnel, puisque tout est en commun. Mais l'essentiel est que tout communauté ait son autonomie financière et puisse faire quelques aumônes. Selon les régions et les situations locales, il faut donc parvenir à trouver des activités qui nous permettent de vendre des produits et d'assurer ainsi la marche de la maison. Au Japon, par exemple, les Trappistes sont réputés pour leurs gâteaux et leurs chocolats. En France, autrefois, les monastères disposaient de grandes fermes dont ils vendaient la production (lait, vaches, formages, blé...), mais cette époque est maintenant pratiquement révolue, vu les changement importants dans le secteur agricole devenu peu rentable. On se tourne donc vers d'autres industries. Ici, nous vivons maintenant grâce à un élevage de poules (dont nous vendons les oeufs) et sur les productions du jardin (légumes). Pour le travail manuel, dans chaque communauté, il faut aussi tenir compte des compétences de chacun et des forces de la communauté. Pour notre part, nous arrivons à équilibrer notre budget et c'est bien là l'essentiel. Cela implique évidemment une vie assez pauvre, mais c'est également un objectif de notre vie monastique.

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Le déroulement d'une journée monastique:

3 h 15. Lever.
3 h 30. Prière de nuit (Vigiles). Environ 1 heure.
Ensuite temps libre pour la toilette, le petit déjeuner et la lecture.
6 h 30. Prière de Laudes (matin) et Messe.
7 h 30. Lecture ou travail manuel (selon les emplois de chacun).
9 h - 9 h 15. Prière.
9 h 15 - 11 h 45. Lecture ou prière.
11h 45 - 12 h. Prière.
12h. Repas, vaisselle, puis temps de repos et de lecture.
15 h - 15 h 15. Prière.
15 h 15 - 17 h 30. Travail manuel.
17 h 30 - 18 h 15. Prière du soir (Vêpres).
18 h 15. Repas, puis lecture.
19h 30 - 20 h. Prière.
20 h 10. Coucher.

Nous n'avons ni télé, ni vidéo. Ces instruments existent dans certaines communautés, mais leur usage en est très limité. Malgré cela, beaucoup de gens de l'extérieur sont étonnés de voir que les moines connaissent aussi bien les grands événements du monde. Cela provient essentiellement des lectures que nous faisons, non pas de journaux (ils sont assez rares dans les monastères), mais par des revues plus spécialisées.

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Ouverture à Dieu, témoignage d'une vie toute centrée sur la rencontre de Dieu, prière pour notre humanité souffrante, telle est donc notre vie. Chaque moine essaie de trouver son bonheur en Dieu et y parvient peu à peu à travers les aléas de la vie. Car si, de l'extérieur, une telle vie peut paraître bien monotone - et elle l'est parfois -, il n'en reste pas moins qu'un monastère est aussi une famille avec ses joies et ses peines et qu'il s'y passe divers événements au fil des jours qui rompent précisément la monotonie apparente. Il suffit parfois de peu de choses pour donner un peu de bonheur: un petit bouquet devant le couvert d'un moine au réfectoire au jour de son anniversaire y suffit. C'est à travers bien des petites attentions portées aux uns et aux autres que se découvre cette vie de famille qui nous attache à un lieu et à des frères, mêmes très différents de nous par les origines ou le tempérament.

Enfin, un dernier point. Toute communauté monastique vit une tradition d'accueil. Un monastère n'est pas un lieu interdit au public, comme certains le croient. Certes, chaque communauté désire avoir un "chez soi" où tout le monde n'a pas accès, mais une hôtellerie existe toujours pour recevoir ceux qui veulent prendre quelques jours de recul et se ressourcer. Ici, nous avons un petit bâtiment de 5 chambres pour les hôtes et un autre local où passent beaucoup de groupes de jeunes. De plus, la chapelle est toujours accessible et chacun peut venir prier avec les moines quand il le désire, soit à la messe du dimanche à 9 heures du matin, soit aux différents offices de nuit comme de jour.

Signalons deux ouvrages récents qui peuvent éclairer et compléter ce que est évoqué ci-dessus:

* Dom Marie-Gérard Dubois, Le bonheur en Dieu, Souvenirs et réflexions du père Abbé de la Trappe, éd. Robert Laffont, Paris, 1995. (L'auteur fut interviewé par B. Pivot dans son émission télévisée). Ce livre retrace assez bien ce qu'est la vie d'une communauté trappiste et décrit bien les mutations opérées depuis le Concile dans la vie de l'Ordre.

* B. Chenu, Sept vies pour Dieu et pour l'Algérie, Centurion, 1996. (Il s'agit de textes écrits - lettres, méditations personnelles, conférences... - par les trappistes d'Algérie qui furent assassinés récemment. Ce petit livre est assez émouvant et souligne bien les enjeux auxquels les frères faisaient face).


L'intérieur de la chapelle de Notre Dame des Iles

 

Au début décembre 2005, un feu de brousse allumé dans la plaine, est monté jusqu'à Notre Dame des Iles et le deux cases chapelles ont brûlé entièrement.


La case chapelle construite par les gens de Lifou


La case chapelle construite par les gens du Sud

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