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Origine
Le 11 Novembre 1798, Anne
Javouhey, née à
Jallanges (Côte d’Or), se consacre à Dieu à 19 ans et
prend l’engagement d’instruire les enfants et de servir
les membres souffrants de Jésus-Christ. Le 12 Mai 1807,
l’évêque d’Autun reçoit les voeux de religion
d’Anne, de ses trois soeurs et de cinq compagnes. La
Congrégation est mise sous le patronage de Saint Joseph. En
1812, après l’établissement du noviciat à Cluny, elle
prend le nom de Saint Joseph de Cluny. La réponse à
l’appel missionnaire, perçu d’une manière
mystérieuse par Anne Javouhey en 1800, se concrétise en 1817 :
un premier groupe de Soeurs part pour l’île Bourbon (la
Réunion). En 1819, un deuxième groupe arrive à Saint Louis du
Sénégal. Et, jusqu’à sa mort, le 15 juillet 1851, Mère
Javouhey ouvrira à ses filles les cinq continents.
Esprit
Famille religieuse
internationale, Saint Joseph de Cluny reste pleinement
" missionnaire " selon Vatican II, ayant pour
idéal de révéler au monde Jésus-Christ venu sur terre pour
accomplir la volonté de Dieu. A la suite de sa fondatrice, elle
se veut attentive " aux signes des temps ".
Les Soeurs de Cluny essayent de tendre à cet idéal par - une
vie spirituelle simple et forte, basée sur une vie intérieur
profonde, comportant des temps forts de prière et de silence.
- un esprit de sacrifice. - une vie fraternelle en
petites, ou plus grandes, communautés. Les Soeurs
s’adaptent à l’extrême variété des oeuvres :
enseignement, catéchèse, animation spirituelle, services
sociaux et hospitaliers.
Pays
d'implantation
Europe, Amérique et
Antilles, Afrique, Asie, Iles de l’Océan Indien et
Océanie, avec 3175 Soeurs en 408 communautés et 80 novices.
En
Nouvelle Calédonie oeuvres hospitalières
L’Administration
ayant demandé des Soeurs de Saint Joseph de Cluny pour se
dévouer au soin des malades à l’hôpital militaire, quatre
d’entre elles débarquèrent à
" Port-de-France " le 26 Août 1860. Les
années suivantes, les malades étant plus nombreux,
d’autres Soeurs furent demandées et c’est au nombre de
huit qu’elles se dévouèrent auprès des malades de l'hôpital militaire jusqu’en 1904, époque des
laïcisations.
Visite
des malades et des pauvres en ville
Au début, les Soeurs
visitèrent les pauvres et les malades en ville sans en être
spécialement chargées. Mais, à partir de 1875, une Soeur est
désignée pour remplir ces fonctions. Chacune, à sa manière et
selon son caractère, les Soeurs parcourent inlassablement, à
pied, la ville et les faubourgs au secours de toutes les misères
humaines. Les visites vont s’étendre à la léproserie de
Ducos, à l’asile de Nouville si abandonné à cette
époque. Sr Martine a laissé son nom à une rue de
Nouméa.
Oeuvre
des orphelinats
Les premières Soeurs
arrivées dans le pays recueillirent quelques orphelines dont le
nombre alla en augmentant d’année en année. Des personnes
charitables aidaient, par leurs aumônes, à subvenir aux besoins
de ces enfants. L’Administration se charge de
l’entretien d’un certain nombre, fixé à soixante-dix
en 1872 et autorisa les Soeurs à en accepter davantage, mais à
leur charge. L’Administration se montra toujours satisfaite
de la bonne tenue de l’établissement. Néanmoins, quand
sonna l’heure des laïcisations, les Soeurs reçurent
l’ordre de remettre en d’autres mains ces chères
enfants. Ce fut le 31 Décembre 1904.Parallèlement à cet
orphelinat, fonctionna pendant quelques années une oeuvre
similaire peu banale. En effet, le 9 février 1864, débarquait
à Nouméa Mère Xavier accompagnant une trentaine de jeunes
filles orphelines que le Gouverneur Guillain aurait demandées en
France pour les unir aux premiers colons. Quelques unions
heureuses en résultèrent effectivement. Cependant
l’expression ne fut pas renouvelée. Le souvenir en est
perpétué par le nom de la Baie de l’Orphelinat.
Apostolat
du pénitencier (1872-1912)
Les Soeurs de Saint
Joseph de Cluny accompagneront des convois de transportés et de
déportés, des convois de femmes en particulier, dont elles
continueront à s’occuper dans les oeuvres hospitalières et
de régénération morale. Sur ces malheureux, elles garderont un
ascendant bénéfique dont beaucoup profiteront. Plusieurs en
demeurèrent longtemps reconnaissants.
Ile
Nou (1872-1904)
Le 3 Août 1872, Mère
Gertrude fonde l’Hôpital du Marais, à l’île Nou,
dépôt du Pénitencier, où, dès Novembre de la même année,
cinq Soeurs sont employées. Mère Gertrude, notamment, exerça
sur les malheureux qu’elle soignait, et dont plusieurs
étaient réputés intraitables, un empire irrésistible qui lui
a permis de faire, sans bruit, beaucoup de bien. Dans le courant
de l’année 1886, la moyenne journalière a été de 200
malades. Peu de satisfaction pour la nature, mais grand bien
spirituel réalisé : les Soeurs furent témoins de nombreuses
merveilles de la grâce. Mais vint la laïcisation de 1904 et,
avec elle, le départ des Soeurs.
Ilôt
Brun (1873-1912)
L’îlot Brun, à
l’Est de l’île Nou, est affecté, à un dépôt de
femmes transportées. Longtemps après leur retour à la vie
libre, beaucoup d’entre elles faisaient encore des
kilomètres à pied pour rencontrer l’une ou l’autre de
leurs " bonnes Mères " et leurs prouver
ainsi leur vive reconnaissance. Apostolat obscur qui
s’achèvera le 31 Mai 1912.
Bourail
(1872-1903)
La fondation de cette
maison date de 1872. Sept Soeurs sont employées dans cet
établissement où leur est confié la surveillance des femmes
condamnées ainsi qu’une infirmière et une école
comprenant internes et externes. Les femmes ne sont pas des
pensionnaires faciles à diriger. Le savoir-faire et la bonté
des Soeurs des apaisent peu à peu, les préparant ainsi à
recevoir la grâce divine. En janvier 1894, l’internat est
transféré à Fonwhary. Mais à Bourail les Soeurs continuent
l’enseignement jusqu’au 31 Décembre 1903.
Fonwhary
(1894-1907)
Ce furent treize années
de dévouement obscur, parfois pénible, que celles de 1894 à
1907 consacrées par huit religieuses auprès d’un
contingent d’orphelines ou assimilées, dépassant parfois
le nombre de cent vingt... Jusqu’en 1899, les enfants
obtiennent facilement l’autorisation de rester à
l’internat jusqu’à 18 ans révolus, ce qui permet de
fonder sur l’oeuvre de solides espérances " soustraire
nos chères enfants, disent les Soeurs, aux néfastes
influences d’un triste milieu; les voir, à la sorite de
l’établissement, se marier et fonder des familles
foncièrement chrétiennes, telle était notre ambition. "
Mais il n’a pas été donné suite à ce projet.
" Au commencement de 1900, il est enjoint à nos
enfants de quitter l’établissement à 13 ans pour être
placées comme domestiques, à moins que les parents ne prennent
à leur charge ". Le nombre d’internes alla
toujours diminuant, jusqu’au 31 Décembre 1907 où
l’ordre fut donné de se retirer.
Ducos
: hôpital de la déportation (1873-1880)
Pour les déportés
politiques en enceinte fortifiée à la presqu’île de
Ducos, exista un hôpital où se dévouèrent, à partir de 1873,
trois religieuses infirmières dont la mission finit avec
l’amnistie qui rendit la liberté aux exilés en Octobre
1880.
Ile
des Pins
a) Hôpital de la déportation
Pendant le même temps que celui de Ducos, fonctionna, à
L’île des Pins, l’Hôpital de la déportation simple,
avec cinq religieuses. L’amnistie mettant fin à la
déportation, les religieuses occupées aux deux hôpitaux se
consacrèrent à d’autres tâches.
b) Dépôt des femmes reléguées
De 1888 à 1910, l’île des Pins devint le séjour de la
relégation des femmes. C’est le 5 Mars 1888 que le
" Magellan ", parti de Rochefort le 5
Décembre 1887, amenait à l’île des Pins trente-deux
femmes surveillées pendant la traversée par trois religieuses.
" Les bâtiments destinés à nous recevoir
n’étaient pas achevés. La Communauté trouva un local
assez convenable mais vide : quatre gargoulettes d’eau
fraîche est rien de plus. Le lendemain matin quelques dames,
femmes de surveillants, qui occupaient l’île avant notre
arrivée, apportèrent un peu de lait, de café et autres choses.
On eut bientôt des rations quotidiennes. Deux mois et demi
s’écoulèrent sans autre difficulté que celle de trouver
de l’ouvrage à nos protégées.
Le désoeuvrement les rendait très difficiles à maintenir.
Beaucoup d’épreuves fondent sur les insulaires : cyclones
dévastateurs, incendie, fièvre typhoïde... Le 15 Novembre 1889
arrive le dernier convois de femmes transportées en Nouvelle
Calédonie.
A partir de 1890 la vie s’améliore ainsi qu’en
témoigne un extrait du courrier de cette époque :
" Actuellement on construit un immense dortoir et un
ouvroir. De cette façon toutes les femmes pourront être
réunies ici, ce sera beaucoup plus commode et mois fatiguant.
Elles sont au nombre de 240... La plus grande consolation que
nous goûtions, c’est de les voir mourir dans des sentiments
vraiment chrétiens. Sous le rapport spirituel, nous sommes très
bien partagées, les Pères Maristes sont d’un dévouement
sans bornes. "
Après le fameux cyclone de 1910 qui acheva la destruction des
bâtiments d’Uro, les Soeurs vinrent à l’îlot Brun
avec le reste du contingent des reléguées fort diminué. Le 30
Mai 1912, la Métropole ayant relevé toutes celles-ci de leur
peine, la mission des Soeurs se termina.
Janvier 1872 - Mai 1912 : Quarante ans d’apostolat de la
charité dont les consolations n’auront cessé de rayonner
sur toutes les misères du Pénitencier, ramenant à Dieu tant de
pauvres âmes rachetées par la loi et la douleur, comme celle du
Bon Larron, ami de Jésus.
Centre
Raoul Follereau (1933-1978)
Si, actuellement, la vie
dans ce Centre est privilégiée tant au point de vue médical et
matériel que spirituel, les débuts en furent rudes pour les
hospitaliers comme pour le personnel soignant? Dès avant 1900,
des malades vivent dispersés dans différentes petites
léproseries dont la principale est celle de l’île aux
chèvres, de sinistre renommée, sans végétation, sans
ressources. Pas d’infirmiers, quelques malades moins
atteints en font l’office, peu d’eau, pas de bois,
quelques médicaments, des traitements inexistants.
L’Administration témoigne de la meilleure volonté possible
en fournissant les rations. Pour tout réconfort, les malades
n’ont que les visites d’un Père Mariste, notamment le
R.P. Mulsant puis le R.P. Boileau dont la bonté et la
fidélité, trente ans durant, ne se sont jamais démenties.
Deux Soeurs de St Joseph de Cluny, profitant de la chaloupe qui y
conduit le médecin, sont heureuse d’aller, une fois par
mois, porter aux isolés secours et réconfort.
En 1918, la plupart des malades se regroupent à Ducos.
Pendant longtemps encore, " aller à Ducos "
signifiera pour beaucoup " être enterré vivant ".
Sur la demande de l’Administration et du Conseil Général,
le 13 Mars 1933, à la joie des malades, des Soeurs de St Joseph
de Cluny arrivent pour les soigner : ce sont Sr Marie-Joseph et
Sr Othilde (qui sera atteinte par le mal), deux infirmières
diplômées préparées à la tâche qui les attend par un stage
à l’Institut Pasteur. Une troisième Soeur prendra soin des
détails matériels et ménagers de la maison des religieuses.
Tout est à faire à Ducos. Les vaillants missionnaires ne
ménagent pas leur peine.
" Le premier travail qui s’impose, écrit
l’une d’elles, est le nettoyage de l’infirmerie
où sont entassés les aveugles et les plus impotents. Cafards et
vermine se multiplient à l’aise dans les vieilles malles et
les caisses entassées sous les lits. Et pourtant, qui le
croirait ? notre plus grosse difficulté n’est pas de faire
la chasse, mais d’obtenir un permis, car chaque malade tient
tellement à son propre " avoir " qu’il
ne veut pas qu’on dérange quoi que ce soit ! "
Il faut y mette du tact, du temps et de la patience.
Deux ans plus tard, on peut déjà s’émerveiller des
transformations : coquettes habitations, jardins, routes,
création de buanderies car l’eau est suffisante, d’une
infirmerie nette et claire, d’un petit dispensaire, de
cuisines organisées, constitution d’un petit troupeau qui
fournit du lait... Le progrès est en marche.
L’état des malades eux-mêmes se relève tant au point de
vue moral que physiologique, sous l’effet de traitements
nouveaux. Sans doute, les Soeurs elles-mêmes voient-elles de
près des ombres au tableau... Mais un magnifique élan est
donné, qui ne s’arrêtera plus. En 1936, la léproserie
compte environ 200 malades.
Plus tard, ils seront même 250. Les progrès médicaux
s’affirment, dès 1948, par des résultats de plus en plus
satisfaisants. Il se poursuivent : perfectionnement du matériel,
construction de pavillons, habitation des Soeurs... La maladie
recule nettement. En Octobre 1950 le premier exeat est
donné.
En 1953, à l’occasion du Centenaire, Soeur Othilde reçut
la croix de la Légion d’honneur. En 1957, le Prix Raoul
Follereau lui fut aussi décerné.
Hansénienne depuis une quinzaine d’années, elle ne
cessait, en dépit de douleurs, perforant et autres
inconvénients, de se donner sans réserve au village autochtone,
ajoutant à ses activités professionnelles l’initiation de
ses malades aux travaux intéressants et utiles, par eux
réalisables. Plusieurs décorations récompenseront aussi le
dévouement d’autres Soeurs. Très réduites par le nombre,
les Soeurs quitteront définitivement le Centre en 1978.
Cependant Sr Yves continuera à s’y rendre chaque matin
jusqu’à l’heure de la retraite, après quarante ans
d’un dévouement incessant.
Le cimetière de Ducos garde les corps de deux Soeurs : Sr
Marguerite-Marie qui, après sept ans au Centre, périt avec
Mère Guy dans l’accident d’avion à Barhein en 1950,
lors d’un voyage pour raison de santé, et Sr Othilde,
décédée en 1965.
Grâce aux efforts généreux, aux techniques nouvelles, à
l’évolution morale, s’effrite l’épaisse muraille
des préjugés anciens et des réalités angoissantes qui
séparaient les lépreux de la société. Ce sont maintenant des
hanséniens, des malades parmi les autres.
Oeuvres
scolaires
Dès leur arrivée en
Nouvelle Calédonie, les Soeurs hospitalières, n’étant pas
trop surchargées, purent s’occuper de faire la classe et
d’enseigner la catéchèse aux enfants encore peu nombreux.
La colonie prenant de l’extension, l’Administration
trouva urgente l’ouverture d’une école communale.
Cette école, confiée aux Soeurs, fut ouverte en 1864. Toutes
les enfants à même de la fréquenter y furent admises :
externes, pensionnaires, orphelines. En 1870, dès
l’arrivée de Monsieur de la Richerie, le Gouverneur, les
Soeurs ouvrirent un externat payant. L’Administration
affecta à cette école des bâtiments qui, jusque là, lui
avaient servi de bureaux, dans un local situé à côté de
l’orphelinat. En 1880, les écoles communales furent
laïcisées. Le local de 1870 resta affecté à
l’orphelinat.
Ecole
libre à Nouméa
En 1882,
l’Administration invita les Soeurs à quitter le local
occupé par l’externat payant. C’est alors que, grâce
à l’organisation par Mgr Fraysse d’un Comité des
Écoles Libres, l’externat fut remplacé en 1883 par une
école libre située au centre de la ville, à l’angle de la
Rue de Salonique et du Boulevard Vauban. Cette école, comme
celle des Frères, fut entretenue par le comité jusqu’en
1887. A partir de cette époque, les Soeurs furent obligées de
se créer des ressources et l’école devint payante. Pendant
six ans, les cours y furent assurés et couronnés de succès
comme en témoignent les premières lauréates au Brevet
Élémentaire.
Au début de l’année 1889, les Soeurs, trop à
l’étroit dans leur local, prirent leurs dispositions pour
louer l’immeuble laissé libre par les Frères, Rue de
Sébastopol. Dans la suite des agrandissements furent faits ce
qui permit de recevoir un petit nombre de pensionnaires. Tel fut
le début de l’établissement actuel. Qui dit " fondation
" dit aussi " héroïsme ".
Ce fut le cas de Mère Théodonie dont le grand coeur et la belle
intelligence permirent l’organisation des oeuvres les plus
difficiles de la Congrégation en Nouvelle Calédonie. Puis ce
sera Mère Ste Othilde, qui devint plus tard Supérieure
Générale de la Congrégation, qui aura à faire face aux
expulsions, laïcisations, rapatriement des Soeurs et soucis de
toutes sortes.
L’école prospéra cependant et on passa de 160 à 200
élèves, dont une trentaine de pensionnaire.
1929 voit la fondation du Patronage Jeanne d’Arc dans
un local du Boulevard Vauban. En 1933, celui-ci étant devenu
trop exigü, l’oeuvre sera transférée rue de l’Alma,
dans un bâtiment construit à cet effet.
L’essor vers le bien qui appelle à l’action se
poursuit. L’école s’avérant trop petite, de nouveaux
locaux sont construits et l’effectif monte à 430 élèves.
Le 24 Septembre c’est la fête de l’inauguration du Val
de l’Ave Maria, près de la mission de St Louis. Aux
grandes vacances et aux divers congés, c’est un centre de
villégiature idéal, très apprécié de nos groupements de
jeunes. Il fermera ses portes en 1975. Les rassemblements se
feront désormais à Ker Anna, près du Calvaire à
Dumbéa.
Mère Guy est désignée en 1947 pour diriger le district
qu’elle connaît depuis 21 ans. Elle y dépense, en
activités inlassables, son intelligence et son coeur.
Le don qu’elle a fait d’elle-même va s’affirmer
encore pendant ses deux ans de Supériorat d’une
merveilleuse fécondité.
D’abord, en 1948, acquisition d’un terrain contigü à
l’école libre en vue de la prochaine construction d’un
vaste internat. Campagne serrée ensuite pour rassembler les
fonds nécessaires. A force de démarches, elle obtient une
subvention du F.I.D.E.S. En la hardiesse de sa belle foi, Mère
Guy a conçu un plan de grande envergure. C’est du Ciel,
qu’aidant d’une autre manière, elle le verra se
réaliser. En effet elle fut une des victimes de l’accident
d’avion de Barhein en Juin 1950, alors qu’elle se
rendait à Rome pour la Béatification de la fondatrice de la
Congrégation : Anne-Marie Javouhey. L’arrivée de Mère
Gabriel en Février 1951 va donner à l’école une
extraordinaire impulsion. C’est à elle que reviendra la
lourde charge de la construction envisagée par Mère Guy. Le 19
Mars 1951, Mgr Bresson bénit la première pierre:
une nouvelle phase vient de s’ouvrir. De longs mois
s’écoulent dans le chantiers. Devant la nécessité
d’occuper les locaux au fur et à mesure des besoins, des
installations partielles s’imposent jusqu’en 1954.
Enfin l’ouvrage est couronné le 8 Septembre 1955 par la
bénédiction de la chapelle.
Au milieu de tout ce mouvement matériel, un travail intense
s’opère dans tous les domaines. Les cours
d’Enseignement Secondaire sont inaugurés dès la rentrée
de 1951. Ils iront en se développant, s’installeront
successivement dans le bâtiment de la rue Jean Jaurès,
aujourd’hui occupé par l’ENEP, puis dans le nouveau
bâtiment de la rue de l’Alma, à la place des installations
du Patronage Ste Jeanne d’Arc qui a cessé ses activités.
Le Second Cycle se détachera ensuite de Cluny pour émigrer à
l’Anse Vata et devenir le Lycée Blaise Pascal. Le
premier Cycle se déplacera à son tour par étapes à partir de
1978 pour devenir le Collège St Joseph de Cluny, près du
Lycée Blaise Pascal, dans un environnement plus calme.
Depuis Mars 1958 la création d’un Cours Commercial
permettait d’aboutir au CAP. Ce Cours qui prit de
l’ampleur grâce au dévouement de Sr Myriam Huckett et à
ses exigences pédagogiques se déplacer successivement de la
première construction de la rue de l’Alma à l’école
Anne-Marie Javouhey à la Vallée du Tir, puis à la rue Jean
Jaurès à la place du Secondaire et enfin à l’actuel Lycée
Professionnel qui continue à se développer par la création
du B.E.P. et du Bac Professionnel Secrétariat-Comptabilité. La
direction est assurée actuellement par une laïque, Soeur Myriam
ayant été appelée à un autre poste de dévouement dans la
Congrégation.
L’école primaire qui occupe tout le bâtiment premier de
1955 s’est aussi développé pour devenir deux écoles bien
distinctes avec chacune une directrice laïque : une école
maternelle avec 361 élèves et une école primaire comptant 528
élèves.
Les Soeurs à la limite d’âge pour l’enseignement se
sont retirées, l’une après l’autre, des classes.
Cependant elles continuent une présence active diverses aides
matérielles et spirituelles.
L’Amicale des anciennes élèves reçoit en Septembre 1954
sa concrétisation officielle. Elle s’affirme de plus en
plus en grâce à un Comité dévoué et dynamique.
En 1955 se lance, dans l’école, la légion de Marie avec un
groupe de jeunes. Très vite elle franchit les murs pour
s’implanter chez les adultes de la Paroisse et, de là,
rayonner dans différents centres de l’Intérieur.
Ecole et pensionnat de Païta
En 1875, sur les
instances réitérées des colons, l’Administration,
d’entente avec les autorités ecclésiastiques, a demandé,
pour cette localité, trois Soeurs, ce qui fut accordé.
Dès leur arrivée, l’école fut fréquentée par tous les
enfants du village et un certain nombre de pensionnaires : 45 à
50 élèves internes. Les parents étaient satisfaits de
l’éducation et de l’instruction que recevaient leurs
enfants. Aussi, grande fut la désolation lorsque, dans le cours
de l’année 1903, les Soeurs furent officiellement
informées de la suppression de leur école pour le 31 Décembre.
Pensionnat de la Conception
L’année 1875 vit
l’achèvement de la construction de l’église de la
Conception, consacrée par Mgr Vitte. Près du sanctuaire
s’éleva, plus tard, une vaste maison, avec ses galeries
couvertes et le déploiement de deux corps de logis encore
existants. Ce bâtiment était destiné, dans la pensée de Mgr
Vitte, à abriter des religieuses contemplatives vouées à
l’Adoration perpétuelle du Saint Sacrement. Les mêmes
religieuses devaient assurer aux personnes du monde
l’inappréciable bienfait de retraites... Ce projet ne put
aboutir.
Sur la demande des Pères Maristes, les religieuses de St Joseph
de Cluny firent l’acquisition de l’immeuble inoccupé.
Le but du Pensionnat qu’elles fondèrent était de donner
aux enfants de la Colonie et des Nouvelles Hébrides une
éducation chrétienne jointe à une instruction solide et
complète.
Les classes furent ouvertes le 1° Mars 1881 avec 7 élèves. Le
15 Octobre 1881, trois Soeurs vinrent augmenter le personnel de
la maison qui compta dès lors 6 membres et 40 élèves. En
raison de l’exiguïté des locaux, le nombre de celles-ci ne
dépassa jamais 45... En 1896, un nouveau bâtiment fut construit
à la suite de l’ancien : ce fut la maison de retraite des
Soeurs. Jusqu’en 1929, l’internat fut florissant, mais
le confort se développant de plus en plus dans les familles, il
devint insuffisant pour répondre aux nouvelles exigences des
internes. Le Pensionnat se maintient cependant jusqu’en
1932. Parmi les centaines de jeunes filles qui reçurent à la
Conception une formation sérieuse et chrétienne, beaucoup
fondèrent un excellent foyer. D’autres, plus rares,
répondirent à l’appel de Dieu et entrèrent en différents
Ordres et à St Joseph de Cluny.
Les Soeurs âgées se rendent encore utiles. Elles entretiennent
l’église, visitent les familles aux alentours, enseignent
le catéchisme.
Pendant la guerre de 39-45 la grande maison devient pendant dix
mois une annexe de l’hôpital de Nouméa, puis un entrepôt
pour les stocks du Service de Santé jusqu’en 1945.
En 1955, sur la demande de Mgr Bresson, l’immeuble ouvrit
ses portes pour les exercices du III° An des religieuses Filles
de Marie, sous la direction des Soeurs de la Société de Marie.
Renouveau scolaire
A la rentrée de Mars
1957, une petite école rouvre ses portes à une quarantaine
d’élèves. Un patronage est lancé, réunissant chaque
jeudi un joyeux groupe d’enfants. Un dispensaire
parfaitement équipé, où les malades sont soignés avec
dévouement et compétence, est installé avec le maximum
d’hygiène.
Inaugurée en 1957, il développe ses activités, les étend à
l’extérieur grâce à la petite 2cv qui permet des
soins à domicile et des secours nocturnes aux appels
d’urgence.
A côté de la tribu, s’édifie une cité qui se peuple
toujours davantage. Les vieux bâtiments vont retrouver une
nouvelle vie, une nouvelle jeunesse : ils reprennent du service
!... En 1960, modernisées, claires, gaies, accueillantes, les
installations scolaires rassemblent 125 élèves dont une
trentaine de pensionnaires. Le nombre d’élèves allant en
augmentant chaque année, un nouveau bâtiment s’éleva au
fond du parc en 1966. Puis des écoles se créant dans tous les
quartiers et alentours, le nombre d’élèves diminua.
L’école maternelle et primaire compte maintenant 339
élèves. L’internat sera fermé pour les enfants du
Primaire mais rouvrira ses portes pour accueillir quelques jeunes
filles lorsqu’un Cours Commercial sera fondé.
Aujourd’hui c’est le Lycée Professionnel St Pierre
Chanel.
La maison des Soeurs accueille aujourd’hui de nombreux
groupes : catéchèse paroissiale, Renouveau, Légion de Marie,
Chorale, et, chaque année des retraites de plusieurs jours.
Koné
Depuis plusieurs années,
avant le début du siècle, les habitants de Koné désiraient
avoir des Soeurs de St Joseph de Cluny pour l’éducation et
l’instruction des enfants. Monsieur Reuillard fit
d’actives démarches auprès de Mgr Fraysse dans ce but. Ces
démarches ayant abouti, l’assurance de l’ouverture de
l’école fut donnée le 15 Août 1900. Le 12 Septembre, les
Soeurs arrivèrent à Koné. Un modeste local fut mis
provisoirement à leur disposition. Le 22 Octobre la classe fut
ouverte avec une trentaine d’élèves dans un local
appartenant à Mr le Maire. Au mois de Décembre les élèves
étaient au nombre de 54.
Il fallut un terrain convenable et des ressources pour
construire. Le 12 Janvier 1902, la première pierre fut posée
par le R.P.Chaboissier, principal bienfaiteur de l’oeuvre.
Dès le 18 Octobre, les classes purent être occupées par les
élèves.
Cependant l’isolement de cette petite communauté posa des
problèmes de personnel. Le retrait s’imposa en décembre
1955.
Nouméa : école Anne-Marie JAVOUHEY
A la demande instante du
Père Bichon, curé de la paroisse du Bon Pasteur, à la Vallée
du Tir, l’école fut ouverte en 1961, dans l’ancienne
église désaffectée. Elle compte, dès le début, plus
d’une centaine d’élèves pour atteindre, dans les
années 70, plus de 650. La création de nouvelles écoles dans
le quartier réduira les effectifs : il est aujourd’hui de
444 élèves.
Toutes les ethnies se côtoient dans ce quartier du Nickel.
L’école est à l’image de la population et s’est
mise avec ardeur aux nouvelles méthodes pédagogiques. Elle est
dirigée par une directrice laïque qui garde vivant
l’esprit d’Anne-Marie Javouhey.
Dès le début de cette oeuvre, un patronage fut crée pour les
enfants du quartier le Jeudi après-midi et des camps de vacances
étaient organisés chaque année. Le changement du jour de repos
hebdomadaire et les nouvelles exigences de sécurité pour
l’encadrement des enfants ont fait disparaître ces
activités.
Aujourd'hui
Si les Soeurs se sont
retirées des responsabilités scolaires, elles restent encore
très proches de chaque établissements en s’intéressant
aux activités ou en y prenant part.
Dans le Pacifique francophone, les Soeurs sont aussi présentes
à Tahiti, à Raïatéa, aux îles Marquises : oeuvres scolaires
et sociales, animations spirituelles, catéchèses, centre de
retraites diocésain.
On les trouve aussi dans les pays anglophones Australie,
Papouasie, Nouvelle Zélande, îles Cook et Fidji ainsi que plus
loin dans le Pacifique, à Manille.
Pour condenser en peu de pages 136 années d’existence des
premiers temps, il a fallu sacrifier bien des détails. Puissent
les faits relatés exprimer eux-mêmes.
- un HOMMAGE aux vaillantes défricheuses des premiers temps, et
à toutes nos chères disparues.
- un ENCOURAGEMENT aux continuatrices qui avancent à leur tour,
adaptant les formes nouvelles de leur apostolat, comme
l’indiquait Mère Javouhey, aux besoins des temples et des
lieux où elles vivent.
(Sommaire)